Pourquoi a-t-on pu apercevoir les drapeaux de l’Arabie Saoudite ? Pourquoi le sportraits du roi d’Arabie, Abdallah ben Abdelaziz et de l’Emir du Qatar, cheikh Hamad Al Thani, ont-ils été brandis ? Quelle différence y a-t-il entre un portait d’un dirigeant étranger et un autre ? Le 14 février 2010 aura-t-il signé la fin de la libanisation du mouvement du 14 Mars ? Pourquoi faut-il constamment faire allégeance aux dirigeants d’autres pays ? Le mot d’ordre des années précédentes a toujours été de brandir le plus de drapeaux libanais possibles, de manière à démontrer que le public du 14 février et du 14 Mars n’étaient pas « généré » ni poussé dans la rue par une quelconque puissance étrangère. Dommage que cette tradition louable de libanisation sans compromis n’ait pas été perpétuée plus longtemps.
Trop de veilles, trop de travail, trop de stress, ca peut aussi donner ca au bureau …
Un grand merci a tous les responsables politiques qui se sont disputes des mois durant pour acceder a un poste ministeriel et qui aujoud’hui se revelent bien incapable de rediger un texte de quelques pages qu’un eleve de Premiere aurait boucle en 4 heures de temps. En esperant qu’ils ressentent par eux-meme assez de honte et d’embarras et qu’ils envisagent un jour de se justifier devant l’opinion publique. Mais il est tellement facile de rever…
Carl von Clausewitz. Le général prussien est surtout connu pour son essai intitulé De la guerre, mais l’anthropologue René Girard lui a consacré, l’an dernier, un ouvrage extraordinaire intitulé Achever Clausewitz.
Selon Clausewitz, la guerre est un acte de violence et il n’y a pas de limite à la manifestation de la violence. Chacun des adversaires fait la loi de l’autre, d’où résulte une action réciproque qui, en tant que concept, doit aller aux extrêmes. La guerre est donc un duel, où chacun doit imiter l’autre dans la course aux extrêmes pour pouvoir établir un contrepoids à l’adversaire et tracer des limites.
René Girard reprend l’analyse de Clausewitz en développant cet aspect de course mimétique entre les deux adversaires, génératrice de la violence. Dans cette perspective, l’anthropologue français n’est pas sans entrevoir une accélération de l’histoire, due à cette volonté d’imitation à l’échelle globale qui génère la violence et n’est pas sans prévoir la fin du monde. Pour lui, Clausewitz a eu une intuition en écrivant son ouvrage à la suite des guerres napoléoniennes. Il a entrevu la fin du monde. Et, à son tour, Girard n’est pas sans mettre en garde contre la montée de la violence à tous les niveaux, que l’homme pourrait pourtant empêcher, qu’il choisit pourtant de générer, et qui pourrait précipiter la fin de l’humanité. Entre les discours eschatologiques d’Ahmadinejad sur le retour prochain du Mahdi dans le cadre de l’Armaguédon, les correspondances invisibles de George W. Bush avec Dieu, et le réchauffement climatique, on ne peut pas dire qu’il se trompe particulièrement.
Selon Clausewitz, le concept de guerre n’apparaît pas proprement dans l’attaque, car celle-ci n’a pas tant pour objectif absolu le combat que la prise de possession de quelque chose. La guerre n’apparaît qu’avec la défense, car celle-ci a pour objectif direct le combat, parer et combattre n’étant qu’une seule et même chose. C’est donc le défenseur qui a seul le pouvoir de transformer l’attaque en guerre, à travers la riposte et son ampleur. C’est lui aussi qui provoque la montée aux extrêmes en répondant à la violence par la violence, dans le cadre de cet effet mimétique mis en relief par René Girard et qui engendre le chaos.
(…) selon Clausewitz, l’action réciproque provoque et diffère à la fois la montée aux extrêmes. C’est-à-dire que la réaction du défenseur peut, par imitation de l’attaquant, entraîner les deux parties dans un cycle ininterrompu de violence, provoquer cette violence. Tout comme elle peut différer cette violence, si le défenseur décide de ne pas contre-attaquer, de réfléchir, d’étudier la situation, de temporiser.
(…) Or c’est justement ce point qui nous intéresse en particulier. Le Hezbollah est ce qu’il est : un parti guerrier, une société martiale embrigadée en fonction de slogans sectaires par un parti théocratique. Contre-attaquer, dans la logique du défenseur, et dans l’esprit mimétique, signifie faire comme le Hezbollah, devenir l’égal du Hezbollah. Dans la pratique, cela veut dire entrer dans une course effrénée, diabolique et destructrice pour acquérir le plus d’armes possible, non pas pour la dissuasion, mais pour les combats de rue, et mobiliser les masses sur des bases confessionnelles, à travers une surenchère islamiste.
Or le Courant du futur ne peut pas se laisser entraîner dans cette aventure. Il ne peut pas se lancer dans une course au mimétisme avec le Hezbollah. Il ne doit pas le faire. Entrer dans cette logique de visites des mosquées tous les vendredis ne lui permettra pas de remporter sa bataille. Au contraire, cela ne fera que précipiter le pays dans une guerre, et, au final, provoquer la destruction totale du pays du Cèdre. Si le Courant du futur choisit cette option, il ne tardera d’ailleurs pas à perdre sa fonction latente, celle qui en fait encore un espace de modération au sein de la rue sunnite. Le résultat ultime sera donc le renforcement des islamistes salafistes benladenistes, qui ne rêvent que d’une seule chose : transformer le Liban en une terre de jihad à l’image de l’ensemble du monde arabe. Le mimétisme aura donc triomphé, les salafistes du Hezb el-Tahrir et autres pourront contre-attaquer et venger l’humiliation ressentie par la rue sunnite à la prise de Beyrouth, mais il sera trop tard. Tout le monde aura perdu.
La seule véritable victoire que Saad Hariri peut remporter en tant que défenseur, face au Hezbollah, c’est d’empêcher la guerre déclenchée par le parti d’obédience iranienne, en endiguant la poussée salafiste. Comment ? Le seul moyen est de renouer avec une politique sociale et économique, loin de la mobilisation sectaire qui ne peut qu’accélérer sa propre chute. Ces visites dans les mosquées de la capitale, tous les vendredis, peuvent servir dans un premier temps, il est vrai, à absorber le choc ressenti par la rue. Mais, à long terme, le processus ne peut que s’avérer contre-productif. Il lui faudra donc renouer avec ce qui a fait la spécificité du courant haririste. Il devra, à l’image de son père, construire des écoles dans le cadre d’une infrastructure sociale, aider des jeunes à étudier en distribuant des bourses ; non pas dans un but clientéliste, mais pour combattre la tumeur extrémiste qui risque de métastaser au sein de sa communauté.
Ce n’est qu’ainsi que le Courant du futur, s’il le veut réellement, peut triompher et prendre sa revanche sur le Hezbollah : par un projet de paix et de développement centré sur la culture des institutions et de l’État, loin de la violence et des armes, en étant aux antipodes de ce qu’est le parti chiite, en menant une guerre pour triompher de la guerre, en empêchant la montée aux extrêmes.
Mais pour cela, Saad Hariri doit d’abord commencer à triompher de lui-même.
Michel Hajji-Georgiou
Bon article, très à propos, sur l’intervention humanitaire, et les recompositions que celle-ci nécessite aujourd’hui. Rony Brauman, spécialiste de la question et ancien président de Médecins sans frontières, revient sur la question de l’efficacité de l’aide internationale, du rôle des médias et de la nécessité, ou non, d’imposer l’aide dans certains cas.
Signature et rencontre demain, le 11 juin, avec l’auteur de 16h00 à 18h00, à la Librairie Antoine à Hamra.
À la place des dédicaces habituelles, Tragedy In South Lebanon s’ouvre sur une citation de Nelson Mandela. « Nous œuvrerons ensemble pour soutenir le courage là où sévit la peur ; pour appuyer l’entente là où règnent les conflits et pour inspirer l’espoir là où domine le désespoir. » Cela en dit long sur les intentions de l’auteure qui, loin de tout pathos, de sentimentalisme ou de parti pris, raconte la guerre israélo-Hezbollah de 2006 dans cet ouvrage qui vient de paraître aux éditions Scarletta Press.
Auteure de A Beirut Heart (lauréat du Book USA’s Autobiography Award 2006) et de Israeli and Palestinien Voices (lauréat du Book USA’s History/Politics Award), Cathy Sultan est une native de Washington DC. Elle est venue s’installer à Beyrouth en 1969 avec son mari libanais et ses deux enfants. Elle a raconté son combat au quotidien lors de la guerre civile qui a éclaté en 1975 dans A Beirut Heart. Elle réside à présent à Eau Claire, dans le Wisconsin. Elle est membre du comité exécutif de la National Peace Foundation, où elle est en charge des projets relatifs au Moyen-Orient.
C’est un sentiment de responsabilité, presque de culpabilité, qui aurait poussé l’Américaine à exposer le drame de juillet 2006.
« Traité comme un paria, le peuple du Liban-Sud a également été abandonné par le gouvernement durant soixante ans. Pendant les quatorze ans que j’ai vécus au Liban, j’étais aussi coupable que les Libanais dans mes sentiments envers le Sud. Je n’ose pas admettre combien de fois, durant la guerre, je commentais lorsqu’un événement tragique touchait cette région du pays, “qui s’en soucie ? Le Sud n’est pas notre problème”. Mais il l’était, bien entendu. Alors aujourd’hui, en racontant leur histoire, j’ai l’opportunité d’aider le peuple que j’ai trahi il y a tant d’années. »
Cathy Sultan ne se contente pas de publier son témoignage. Elle participe volontiers à des émissions de radio, de télévision et des séminaires dans des universités, en tant qu’experte du Moyen-Orient, autour des thèmes de la paix et de la citoyenneté.
Cet ouvrage, que l’on pourrait qualifier de grand reportage commenté, est d’ailleurs rédigé de manière à être accessible au lecteur lambda. L’auteure a pris le soin d’y inclure un glossaire qui contient des définitions de termes utilisés, mais aussi des biographies de personnages et des détails sur les lieux qui reviennent au fil des 136 pages du récit. Également en annexe, une section chronologique présentant les événements marquants de l’histoire du Liban « des temps anciens jusqu’à nos jours ».
Au-delà des bilans, des chiffres et des catastrophes humaines et humanitaires engendrées par la « guerre des 33 jours », Cathy Sultan souhaite transmettre un message crucial à travers cet ouvrage. « Si l’on adopte un point de vue macrocosmique, à quel moment un gouvernement est-il rendu responsable pour les conséquences de ses actions ? demande-t-elle. Si un pays comme Israël peut se permettre de détruire des régions entières du Liban, de déplacer 30 % de sa population, de bombarder des civils, de planter des millions de mines antipersonnel, de causer un désastre écologique et de ne souffrir aucune conséquence de ses actions, le monde entier n’est-il pas en danger en raison de tels actes ? »
Alors, le désespoir ou le chaos pour l’avenir de cette région chaude ? se demande Cathy Sultan dans son dernier chapitre. En parlant au nom des membres de la communauté internationale, elle précise et rappelle à ses concitoyens que « nous participons activement et vigoureusement dans le processus des gouvernements. Nous votons et rendons nos leaders responsables de leurs actions. Nous avons tout à gagner, écrit-elle. La paix, après tout, est bien la pierre angulaire de la stabilité. »
Maya GHANDOUR HERT
” (… )
What are you willing to do to prevent the next round of conflict?
As chaos erupted, I found myself disconnected to what was unfolding in the streets just below my apartment. Silence was only intermittent, broken by the sound of gunfire and explosions, confirming that Beirut had once again slipped back into civil war. This usually bustling city was brought to a standstill and tormented by masked men and young juveniles who, bereft of the memory of the previous civil war, were trigger happy and looking for a fight. Questions raced through my head. Could Lebanon really exist as a single entity or would be better for us to admit defeat and retreat back into separate enclaves? Can the silent majority really forge a country free of proxy battles and unaccountable political elites that incite communal fear? In this moment of uncertainty, as the fate of the country was tested, my faith in its future, too, was put into question.
I spent much of the first night listening to the piercing crackle of gunfire and woke up in the morning to a live battle taking place a block away. I watched intently, missing only popcorn and candy, not wholly able to believe that I this was not just a movie. Captured by the sound of gunfire, my relatives decided it was time to make our way up to my home village of Aley, located east of Beirut in the Chouf mountains. Here I thought I would be much safer because it is strategically located, assuming the mountains would be unfettered by the conflicts of Beirut. I arrived to Aley to find my calculations to be incorrect. Within hours, fights broke out in town and I was forced to spend the night in the kitchen as gun shots and heavy weaponry had been fired less than 50 yards away from my home, as the deafening reports reverberated through the house.
A few hours of quiet, a couple skipped heart beats, and a night of clutched hands between family members. It was official – the movie was over and I had survived my first war experience.
One day passed with relative calm, but the following day, a Sunday, did not prove to be as peaceful. The fighting was resumed on the mountain, this time on multiple fronts that ranged from Choueifat up to Aley, to Bayssour and Kayfoun and also later that night in Al-Barouk, encompassing both borders of the Chouf mountains. It became clear that there was a real threat and I unwillingly found myself stuck between two ideals. One that is informed by my educational background and upbringing which taught me to use logic and reason over violence, and the other which recognized that my home, my family and my people were under attack and it was my duty to defend my land.
It was a disturbing transformation. I came to Lebanon as a reformist and threatened to leave it a militiaman. I had reached a crossroads. I was told I may have to kill the very opponents I had advocated to entrust greater participation. I was scared. That night the situation appeared irreversible. I was a fighter in a civil war, militia vs. militia, and I didn’t have a choice.
(…) “
J’ai reçu ce message il y a quelques jours. Il s’agit des remarques d’un jeune d’origine libanaise sur les récents événements et les quelques réflexions qu’il a tiré de son expérience au Liban :
” I had prepared to write a piece on the strategic outlook of Lebanon’s near future. One that tried to make sense of the confusion that has clouded the recent events in Lebanon. My parents grew up in this country and I returned here a year ago to pursue a professional career, hoping that I would better understand my attachment to this unpredictable state. I spent the previous year before my arrival in Beirut writing a thesis about Lebanon, studying the need to incorporate Hezbollah and Shia aspirations more appropriately into the confessional system. I argued the need to implement reforms, such as a new electoral system and a cooperative plan for security to gradually move away from our intransigent sectarian framework. To me, it seemed easy. A gradual shift was needed away from confessional power-sharing toward a system where elected representatives would also be responsible to a national electorate rather than just a sectarian enclave. This would help diminish the monopoly of power by zu’ama and be a constructive first step toward creating a collective Lebanese national identity – something that is largely absent beyond rhetoric, and in fact is a necessary precondition of our system of governance, known more widely as consociationalism.
My research made me believe I was aptly prepared to assess current events and contribute to the progress of this country. Accordingly, I actively engaged in civil society and began work at a reform institution, but I was still uncertain of the effectiveness of my efforts. The shameless developments of the past week, however, have forced me to question all that I wanted to believe to be true. The dangers of Lebanon’s subversive political paradigm and its inevitable invitation of conflict have been brought to the fore, only to be eclipsed by a state of insouciance, as euphoria has swept through the country upon news of a peace accord and the election of a new president. This concomitant interplay of these improbable opposites has proven to me what I was too afraid to admit: Lebanon suffers from a clear case of a ‘memory for forgetfulness.’
With the memory of the war seemingly forgotten, the Lebanese population and our political leaders yet again will almost fail to learn from price of conflict, taking the dangerous risk of leaving the question of sectarianism open-ended and without a clear solution. My personal testimony through the recent conflict shows that although tensions have been pacified by the illusive edification of the Doha Agreement, sectarian identity will supersede Lebanese statehood so long as the population remain vacillate toward calls for change.
The emotional rollercoaster that has accompanied the recent events has turned me away from the foggy strategic forecast that I had started to write and that many academics have engaged in the last week, each one contradicting the other in an imbroglio of analysis without any concrete steps forward. It disposed of the blind idealist in me, which would normally not justify acts of violence and appose the use of arms. It purposely leaves out the editorial that has framed blame in a context of power politics between the United State’s regional objectives and the nascent Shi’a crescent. And it definitely doesn’t pretend to understand, nor compare, the government’s sudden decision to alter the status quo against Hezbollah and actively confront its mounting influence against the violent actions of the Party of God and their sanctified call to maintain their weapons. My story does, however, invoke a question that everyone in this country must ask themselves if there is to be a future of coexistence.
What are you willing to do to prevent the next round of conflict? (…) “